Prof de FLE : Après 6000 heures de cours, 7 erreurs que je ne referais plus
- 6 août
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Après plus de 6 000 cours, je partage 7 erreurs que je ne referais plus comme prof de FLE : préparation, correction, temps de parole et organisation.
Prof de FLE : 7 choses que je ne referais plus après 6 000 cours
Quand j’ai commencé à exercer comme prof de FLE, je voulais évidemment bien faire.
Très, très bien faire.
Chaque élève devait recevoir un cours entièrement personnalisé, chaque minute devait être utile, chaque erreur devait être corrigée et chaque support devait être joli, original, pertinent, parfaitement adapté au niveau, aux centres d’intérêt et aux objectifs de la personne en face de moi.
Sur le papier, c’était admirable.
Dans la réalité, cela signifiait surtout passer parfois davantage de temps à préparer un cours qu’à l’enseigner, ouvrir quinze onglets pour trouver une activité convenable, fabriquer des PowerPoint à des heures absurdes et terminer certaines semaines avec l’impression d’avoir énormément travaillé… sans forcément avoir mieux enseigné.
Depuis 2020, j’ai donné plus de 6 000 cours de français langue étrangère à des enfants, des adolescents et des adultes, du niveau débutant jusqu’à la préparation d’examens avancés. J’ai enseigné sur des plateformes, accompagné des élèves réguliers pendant plusieurs années, préparé des candidats au DELF et au DALF, inventé des jeux, des missions, des enquêtes et probablement beaucoup trop de diapositives.
Je continue évidemment à apprendre. Mais certaines choses ont profondément changé dans ma manière d’enseigner le FLE.
Voici les sept erreurs que je ne referais plus aujourd’hui.
1. Chercher à préparer le cours parfait au lieu du cours utile
Pendant longtemps, j’ai confondu la qualité d’un cours avec la quantité de travail nécessaire pour le préparer.
Un support sur lequel j’avais passé quatre heures me semblait forcément meilleur qu’une activité conçue en vingt minutes. Un cours simple me paraissait presque paresseux. Il fallait ajouter une image, un exercice, une transition, un document authentique, une tâche finale… puis une petite activité supplémentaire, au cas où.
Le résultat était parfois magnifique.
Il était aussi parfois beaucoup trop chargé.
Avec l’expérience, j’ai compris qu’un bon cours de FLE n’est pas celui dans lequel le professeur a réussi à faire entrer le plus de contenu possible. C’est celui dont l’apprenant ressort avec quelque chose de réellement acquis.
Une heure de cours ne devient pas plus efficace parce qu’elle contient huit objectifs grammaticaux, trente mots de vocabulaire et trois documents authentiques. Au contraire, plus je cherche à tout traiter, moins l’élève a le temps de manipuler la langue, de se tromper, de recommencer et de s’approprier ce qu’il vient de découvrir.
Aujourd’hui, je commence donc par une question beaucoup plus simple :
À la fin de cette séance, qu’est-ce que je veux que mon élève soit capable de faire ?
Pas seulement ce que je veux lui montrer. Ce que je veux qu’il puisse réellement utiliser.
Parfois, cela signifie consacrer une grande partie du cours à une seule structure. Parfois, cela signifie abandonner une activité pourtant très jolie parce qu’elle n’apporte rien à l’objectif principal.
Et parfois, le meilleur cours est simplement une conversation bien guidée, quelques questions intelligemment choisies et suffisamment de temps pour laisser l’apprenant construire ses réponses.
Le cours parfait n’existe pas. Le cours utile, lui, existe très bien.
2. Créer systématiquement tous mes supports FLE de zéro
J’adore créer.
C’est précisément ce qui m’a conduite à imaginer des aventures FLE avec des personnages, des énigmes, des choix narratifs, des labyrinthes, des missions historiques et des rats cuisiniers. Je peux passer des heures à construire un univers simplement parce que l’idée m’amuse et que j’ai envie de voir mes élèves y entrer.
Mais pendant longtemps, j’ai créé par passion et par obligation.
Chaque nouvel élève, chaque nouveau point de grammaire et chaque nouveau thème semblaient nécessiter un support inédit. Je repartais de la page blanche, même lorsque j’avais déjà expliqué la même notion dix fois auparavant.
Au bout d’un moment, cela devient intenable.
Un professeur n’a pas besoin de réinventer la roue avant chaque cours. Il a besoin d’une bonne roue, suffisamment solide pour être réutilisée et suffisamment flexible pour s’adapter à plusieurs chemins.
Aujourd’hui, je distingue davantage deux types de création.
Il y a les ressources que je crée parce que j’ai une véritable idée pédagogique : une histoire, une mécanique de jeu, une manière différente de faire pratiquer une notion. Celles-là méritent du temps, de l’énergie et une vraie attention aux détails.
Et il y a les supports purement fonctionnels dont j’ai simplement besoin pour enseigner : une révision, une activité de conversation, quelques questions de compréhension ou un exercice permettant de vérifier un acquis.
Tout n’a pas besoin de devenir une œuvre originale.
J’ai aussi appris à construire des ressources réutilisables. Une bonne activité peut être adaptée à plusieurs niveaux. Un même jeu peut accueillir différents contenus. Une aventure conçue pour un élève peut ensuite être clarifiée, enrichie, corrigée et devenir utile à beaucoup d’autres professeurs.
C’est d’ailleurs ainsi qu’une grande partie de Nomad Teaching est née : non pas de l’envie de produire toujours plus, mais du besoin de ne plus recommencer éternellement le même travail.
3. Vouloir enseigner trop de choses pendant une seule séance
Quand on connaît bien une langue, tout semble lié.
Pour enseigner un texte, on remarque immédiatement le vocabulaire, les temps du passé, les pronoms, les connecteurs, les expressions idiomatiques et cette petite règle grammaticale qui mériterait justement une explication.
La tentation est grande de tout relever.
J’ai longtemps eu peur de laisser passer une occasion d’apprendre. Si une notion apparaissait dans le document, j’avais envie de l’expliquer. Si l’élève posait une question, je voulais y répondre immédiatement et complètement. Si une difficulté surgissait, je cherchais à la régler sur-le-champ.
Mais un apprenant ne peut pas tout retenir simplement parce que tout lui a été expliqué.
J’ai vu des élèves comprendre parfaitement une règle pendant le cours, réussir l’exercice, puis être incapables de la réutiliser la semaine suivante.
Non parce qu’ils n’avaient pas travaillé, mais parce que nous étions déjà passés à trois autres notions.
Certaines erreurs sont donc corrigées immédiatement. D’autres sont notées pour une séance future. Certaines questions reçoivent une réponse courte, suffisante pour continuer. Tout ce qui apparaît dans un document n’a pas besoin de devenir l’objet du cours.
Je préfère que l’élève rencontre plusieurs fois la même structure dans des contextes différents plutôt que de lui offrir une grande collection de règles qu’il n’aura jamais le temps d’automatiser.
Ce changement m’a également permis d’accepter une chose essentielle : un apprentissage n’est jamais terminé en une séance.
Nous allons revoir le passé composé. Puis le revoir encore. Les pronoms reviendront. Les connecteurs aussi. La langue se construit par couches successives, pas par chapitres définitivement cochés.
4. Corriger chaque erreur dès qu’elle apparaît
Au début de ma carrière, je pensais qu’une erreur non corrigée risquait de s’installer définitivement.
Je surveillais donc tout : les accords, les prépositions, les genres, les conjugaisons, la prononciation et le moindre article disparu en chemin.
L’intention était bonne. Pour l’élève, l’expérience pouvait être beaucoup moins agréable.
Imaginez essayer de raconter une histoire dans une langue étrangère pendant que quelqu’un vous interrompt toutes les quinze secondes. Même avec beaucoup de bienveillance, le message reçu peut rapidement devenir : « Tout ce que je dis est faux. »
Or, parler demande déjà énormément d’efforts. Il faut trouver les mots, construire la phrase, surveiller la grammaire, prononcer correctement et, idéalement, se souvenir de ce que l’on voulait raconter au départ.
Aujourd’hui, je choisis davantage mes corrections en fonction de l’objectif de l’activité.
Si nous travaillons précisément les pronoms compléments, je corrige les pronoms compléments. Si l’objectif est de développer la fluidité ou de défendre une opinion, je laisse davantage la parole circuler et je prends des notes.
Nous pouvons ensuite revenir sur quelques erreurs importantes : celles qui empêchent la compréhension, celles qui se répètent ou celles qui correspondent à une notion déjà étudiée.
Je demande aussi parfois à l’élève de se corriger lui-même. Un regard, une répétition ou une question suffit souvent à lui faire retrouver la bonne forme. Cette correction-là est généralement bien plus utile que celle que je lui aurais simplement donnée.
Ne pas tout corriger ne signifie pas manquer d’exigence.
Cela signifie décider ce qui aidera réellement l’apprenant à progresser à cet instant précis.
5. Parler davantage que mes apprenants
Les professeurs de langue aiment souvent les langues.
Nous aimons expliquer pourquoi une expression fonctionne ainsi, raconter l’origine d’un mot, comparer plusieurs constructions ou ajouter une nuance intéressante.
Le problème, c’est que nous sommes généralement déjà capables de parler français.
L’élève, lui, est précisément là pour s’entraîner.
Il m’est arrivé de sortir d’un cours en ayant l’impression qu’il s’était très bien passé : nous avions beaucoup échangé, ri, découvert des choses… puis de réaliser que j’avais probablement occupé la majorité du temps de parole.
Ce n’était pas un mauvais moment. Mais ce n’était pas forcément le meilleur usage possible d’une heure de cours de langue.
J’ai donc appris à mieux guider sans prendre toute la place.
Cela passe par des questions plus ouvertes, des relances préparées, des choix à justifier, des hypothèses à formuler et des activités dans lesquelles l’apprenant doit réellement prendre une décision.
Au lieu de demander seulement : « Tu aimes voyager ? », je peux demander :
Tu dois vivre pendant un an dans un pays dont tu ne parles pas la langue. Quelles sont les trois choses que tu prépares avant de partir ?
Une question précise donne davantage de matière qu’un thème général.
J’accepte aussi mieux les silences. Quand un élève cherche ses mots, mon premier réflexe ne doit pas toujours être de terminer sa phrase. Quelques secondes de flottement peuvent sembler longues pour le professeur, mais elles font partie du travail.
Mon rôle n’est pas de remplir tous les espaces.
Il est de créer un espace dans lequel l’apprenant peut parler.
Ce que cela change dans mon quotidien de prof de FLE
Ces ajustements peuvent sembler modestes : choisir un seul objectif, interrompre moins souvent, accepter les silences, réutiliser un support déjà efficace.
Pourtant, ils ont complètement transformé mes cours.
Je prépare moins pour montrer davantage. Je parle moins pour faire parler davantage. Je cherche moins à impressionner avec la quantité de contenu et davantage à créer les conditions nécessaires pour que l’élève utilise réellement le français.
Cette évolution ne m’a pas rendue moins créative ou moins exigeante. Elle m’a permis de réserver mon énergie aux endroits où elle apporte une véritable différence pédagogique.
6. Sous-estimer la puissance des routines et de la répétition
J’ai longtemps pensé que pour maintenir l’intérêt de mes élèves, il fallait constamment proposer quelque chose de nouveau.
Nouvelle activité, nouveau format, nouveau jeu, nouveau thème.
La nouveauté est stimulante, bien sûr. Mais elle demande aussi un effort supplémentaire : l’élève doit comprendre la consigne et la mécanique avant même de pouvoir se concentrer sur la langue.
Avec le temps, j’ai découvert que les routines n’étaient pas synonymes d’ennui. Au contraire, elles peuvent être très rassurantes et extrêmement efficaces.
Une question rituelle en début de cours, quelques minutes de révision, un format de conversation familier ou un jeu déjà connu permettent à l’apprenant d’entrer directement dans l’activité.
La structure reste stable, mais le contenu évolue.
La répétition est également beaucoup moins visible qu’on ne l’imagine. Pour le professeur qui enseigne la même notion à plusieurs personnes, un exercice peut sembler déjà vu. Pour l’élève qui essaie encore de retrouver le bon pronom au milieu d’une phrase, cette nouvelle rencontre est nécessaire.
J’ai donc arrêté de considérer le retour sur une notion comme un recul dans le programme.
Revoir n’est pas recommencer. L’élève ne revient jamais exactement au même point : il reconnaît plus vite, hésite moins longtemps et commence progressivement à utiliser la structure sans y penser.
Les aventures et les jeux que je crée reposent d’ailleurs beaucoup sur ce principe. Derrière les décors, les personnages et les choix narratifs, certaines formes reviennent encore et encore.
L’apprenant a l’impression d’avancer dans une histoire.
Pendant ce temps, la langue s’installe.
7. Ne pas protéger suffisamment mon temps de professeure
C’est probablement la leçon qui m’a demandé le plus de temps.
Enseigner ne se limite jamais aux heures visibles dans le calendrier. Il faut préparer les cours, répondre aux messages, corriger les productions, gérer les paiements, déplacer les séances, suivre les progrès, créer les documents et résoudre les petits problèmes techniques.
Quand on travaille en ligne et à son compte, la frontière peut rapidement disparaître.
Un cours annulé devient une heure perdue. Une absence est offerte parce que l’on veut être compréhensif. Un message envoyé tard reçoit une réponse immédiate. Une adaptation demandée « rapidement » finit par occuper toute une matinée.
Pris séparément, chacun de ces gestes paraît insignifiant.
Accumulez-les sur plusieurs mois et vous obtenez des dizaines d’heures de travail invisibles.
J’ai longtemps associé la souplesse au fait d’être une bonne professeure. Je voulais m’adapter aux fuseaux horaires, aux examens, aux emplois du temps scolaires, aux imprévus et aux difficultés personnelles de chacun.
La souplesse reste importante. Mais elle ne peut fonctionner que si elle existe à l’intérieur d’un cadre.
Aujourd’hui, je considère qu’une politique d’annulation, des horaires définis et des limites claires ne rendent pas la relation moins humaine. Ils permettent au contraire de la préserver.
Protéger son temps, c’est aussi reconnaître la valeur du travail effectué en dehors du cours. Une ressource soigneusement construite, une correction détaillée ou un suivi personnalisé ne sont pas de petits bonus apparus spontanément. Ils demandent de l’expérience et du temps.
Un professeur épuisé ne devient pas plus généreux. Il devient simplement un professeur qui risque de ne plus avoir d’énergie à offrir.
Enseigner mieux ne signifie pas travailler toujours plus
Je reste une professeure qui adore créer des supports beaucoup trop ambitieux.
Je peux encore décider qu’un simple exercice sur les pronoms mérite finalement un temple perdu, un pont suspendu et trois fins alternatives. Je continue à chercher de nouvelles manières de faire entrer mes élèves dans la langue et de leur donner envie de découvrir ce qui se trouve sur la diapositive suivante.
La différence, c’est que je ne crois plus que chaque cours doive être créé de zéro, que chaque minute doive être remplie ou que mon épuisement soit une preuve de sérieux.
Mes cours se sont améliorés lorsque j’ai commencé à simplifier, à réutiliser, à faire des choix et à laisser davantage de place aux apprenants.
La Bibliothèque du FLE est née de cette évolution.
Avec Zoé, nous avons voulu construire le type d’outil dont nous avions nous-mêmes besoin : un espace contenant des ressources travaillées, testées et prêtes à l’emploi, dans lequel un professeur peut trouver aussi bien une activité rapide qu’un cours complet ou une grande aventure immersive.
Pas pour remplacer sa personnalité, sa créativité ou sa connaissance de ses élèves.
Simplement pour lui éviter de repartir d’une page blanche chaque semaine.
Car nous n’avons pas choisi ce métier pour passer toutes nos soirées à aligner des zones de texte sur un PowerPoint.
Nous l’avons choisi pour enseigner.
Et après plus de 6 000 cours, c’est probablement la chose la plus importante que j’ai apprise comme prof de FLE : le temps que nous économisons sur la préparation peut redevenir du temps consacré à nos élèves, à nos idées… ou tout simplement à notre vie.









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